Nous observons que beaucoup de personnes très compétentes, très expérimentées, se retrouvent fragilisées non pas par le manque de compétences techniques, mais par leur relation à l’incertitude. Elles s’épuisent à chercher des certitudes qui n’existent pas. Elles attendent, doutent ou forcent, quand il faudrait plutôt s’adapter.

Dans tous les cas, ce n’est pas une question de caractère. Ce n’est pas non plus une faiblesse. C’est juste humain.

Dans cet article, nous vous invitons donc à comprendre ce qui se passe quand l’incertitude s’invite, et ce qui change concrètement pour celles et ceux qui apprennent à la traverser autrement.

Une situation que vous connaissez

Dans notre vie professionnelle, nous sommes sans cesse confrontés à des situations ambiguës ou incertaines, où il est difficile de définir clairement la source du problème et la solution à appliquer. Des situations dans lesquelles la part d’inconnu dépasse très largement la part de connu…

Les demandes changent. Les technologies évoluent. Les directives se contredisent. Les processus bougent.

Et face à ça, beaucoup attendent de connaître tous les détails avant de passer à l’action. Dit autrement, ils se montrent à leur meilleur uniquement quand les choses sont structurées et prévisibles. Ce qui est un problème.

Pourquoi c’est si difficile

Le cerveau aime les certitudes

Il est conçu pour prévoir et anticiper ce qui va advenir. En permanence, il cherche des schémas, des modèles, des repères qui lui permettent de prévoir la suite des événements.

Quand ces schémas fonctionnent comme prévu, il ressent de la satisfaction et quand ils échouent, il ressent une menace. L’incertitude, c’est exactement ça : l’impossibilité de se fier à ses repères habituels.

On ne peut plus anticiper

Cette perte de repères génère immédiatement une impression de perdre le contrôle, de ne plus être autonome. Le stress monte, les réactions deviennent plus émotionnelles, on s’emballe, on se referme, on attend, ou on panique.

Ce mécanisme est universel

Il se manifeste différemment selon les personnes. Certains préfèrent garder le contrôle à tout prix. D’autres évitent les risques par prudence. D’autres encore se focalisent sur les inconvénients, restent bloqués en l’absence de plan clair, ou ressentent un besoin fort d’avoir raison. Beaucoup encore, recherchent la perfection avant d’agir ou se montrent à leur meilleur uniquement quand les choses sont structurées et prévisibles.

Aucun de ces traits n’est une faiblesse. Ce sont les réponses naturelles d’un cerveau qui fait son travail. Mais dans un monde où les certitudes sont rares et où rien ne dure très longtemps, ces réponses peuvent devenir des freins puissants.

La vraie question est surtout : que faites-vous ensuite ?

Face à l’incertitude, nous développons souvent des stratégies pour l’éviter. Deux d’entre elles sont particulièrement répandues et pas de chances, elles se retournent souvent contre nous.

La première

S’appuyer sur ce qui a marché avant. Les solutions éprouvées, les réflexes rodés. C’est rassurant. Mais un nouveau contexte nécessite de nouvelles solutions. Reproduire le passé dans un environnement qui a changé, c’est un risque réel, même si ça donne l’impression d’être prudent.

La seconde

Attendre d’avoir toutes les informations avant d’agir. Mais dans un environnement compétitif, le vrai défi n’est pas d’agir avec 100% des informations. Il s’agit d’agir le premier avec une quantité raisonnable, mais pas exhaustive, d’informations.

Dans les deux cas

C’est le même réflexe qui est à l’œuvre : le besoin de certitude, et c’est lui précisément qu’il faut apprendre à apprivoiser.

Comment ? Voici 4 postures qui peuvent changer les choses

1. Lâcher du contrôle, sans lâcher les rênes

Il y a une image que nous aimons beaucoup pour illustrer ce moment : celle du trapéziste. 

Pour attraper la deuxième barre, il doit lâcher la première et pendant un court instant, il n’a rien à quoi se raccrocher.

Mais observez bien ce que fait le trapéziste dans ce moment suspendu : il se concentre sur ce qu’il contrôle. Le moment précis où il va relâcher sa prise, la position de son corps dans l’air, la trajectoire… Ses yeux fixés sur la prochaine barre, il regarde où il va mettre ses mains.

C’est exactement ce que signifie gérer l’incertitude. Ce n’est pas ignorer le vide mais c’est identifier, dans chaque situation, ce sur quoi vous avez réellement une prise : par exemple, quelles décisions pouvez-vous prendre maintenant ? Sur quelles expertises pouvez vous compter ? Quels résultats pouvez-vous influencer ? Plus vous vous sentez acteur de la situation, moins vous serez stressé. Les neurosciences le confirment.

2. Avancer en tâtonnant, et apprendre en chemin

Imaginez que toutes les lumières s’éteignent brusquement dans une pièce inconnue.

Vous n’attendez pas que quelqu’un rallume ? En général, nous avançons doucement, en tâtonnant, jusqu’à ce que nos yeux s’habituent. Et ensuite, nous cherchons une source de lumière.

C’est la bonne méthode face à l’inconnu : scinder le défi en tâches plus abordables, avancer pas à pas, demander du feedback immédiatement, corriger la trajectoire, recommencer. On dit qu’il ne faut pas toujours chercher à tout réussir du premier coup.

En situation incertaine, les erreurs sont inévitables, elles font presque partie du jeu. On a tendance à les voir comme des échecs mais elles sont plutôt des essais. On parle souvent d’avoir un état d’esprit curieux en période d’incertitude.

Les personnes à l’aise avec l’incertitude ne cherchent pas à tout maîtriser. Elles ont compris que ce n’était pas possible : ce n’est pas comme « hier », et « demain » reste à construire. En conséquence, elles restent calmes et posées. Elles s’adaptent à l’évolution du contexte et surtout, elles en arrivent à être stimulées par l’ambiguïté : la possibilité d’ouvrir un chemin, d’essayer, d’avancer différemment, le défi…

3. Donner une direction plutôt que des réponses

Un des réflexes les plus contre-productifs en situation d’incertitude, c’est d’attendre d’avoir toutes les réponses avant de communiquer.Lire la suite

Par perfectionnisme mais aussi parce qu’elles ont peur de paraître incompétentes. On croit, souvent inconsciemment, que diriger c’est savoir.

Or ce ne sont pas les réponses qui mobilisent les équipes. Ce sont les intentions claires. Une intention claire est un puissant moteur d’action. Elle permet de motiver les personnes autonomes et d’orienter leurs efforts dans des situations complexes.

N’hésitez pas à expliquer honnêtement ce qui se passe. Exprimez ce que vous savez et ce que vous ne savez pas. Si vous ne disposez pas d’un plan avec des échéances précises, indiquez l’intention générale : quels sont les objectifs et en quoi cela sert la mission à accomplir. Une intention claire exprimée avec confiance donne un cap à suivre dans un contexte incertain.

3. Donner une direction plutôt que des réponses

Un des réflexes les plus contre-productifs en situation d’incertitude, c’est d’attendre d’avoir toutes les réponses avant de communiquer.

Par perfectionnisme mais aussi parce qu’elles ont peur de paraître incompétentes. On croit, souvent inconsciemment, que diriger c’est savoir.

Or ce ne sont pas les réponses qui mobilisent les équipes. Ce sont les intentions claires. Une intention claire est un puissant moteur d’action. Elle permet de motiver les personnes autonomes et d’orienter leurs efforts dans des situations complexes.

N’hésitez pas à expliquer honnêtement ce qui se passe. Exprimez ce que vous savez et ce que vous ne savez pas. Si vous ne disposez pas d’un plan avec des échéances précises, indiquez l’intention générale : quels sont les objectifs et en quoi cela sert la mission à accomplir. Une intention claire exprimée avec confiance donne un cap à suivre dans un contexte incertain.

4. Prendre du recul, et expérimenter

Si vous vous sentez plus anxieux que stimulé lorsque les choses sont incertaines : essayez d’identifier la source précise de votre anxiété

Si vous comprenez précisément ce qui vous inquiète, vous pourrez plus facilement dépasser ces inquiétudes.

Si vous avez tendance à avancer lentement par crainte de faire des erreurs : essayez de déterminer si ce qui vous retient est une prudence nécessaire ou une inquiétude inutile. Soyez prudent, mais aussi persévérant. Si vous trébuchez ou si vous vous égarez, considérez cela comme des opportunités d’apprentissage pour vous et le collectif.

Si vous vous sentez dépassé lorsque les choses ne sont pas parfaitement claires : dites-vous que l’incertitude est inévitable. Les choses évoluent.

Si vous vous mettez dans l’état d’esprit que l’incertitude est la nouvelle norme, vous serez mieux préparé à affronter la prochaine chose inconnue qui se présentera. Vous réussirez peut-être même à la voir comme une opportunité sur laquelle vous pourrez capitaliser.

Enfin, pour terminer, rappelez-vous qu’être capable d’agir dans la certitude est un pilier de la confiance en soi. Donc travailler sur sa confiance en soi peut être un très bon point de départ.